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Catégorie : Livres

  • Livres de moins de 150 pages : 5 chefs-d’œuvre à dévorer

    Livres de moins de 150 pages : 5 chefs-d’œuvre à dévorer

    Avouez : il y a un pavé de 600 pages sur votre table de nuit, marque-page coincé à la page 80 depuis le printemps. L’avantage des livres de moins de 150 pages, c’est que ce sont les seuls qu’on finit à coup sûr, et souvent les seuls qu’on relit, surtout quand ce sont des chefs-d’œuvre…

    Couverture de « Neige » de Maxence Fermine

    Neige, Maxence Fermine, 1999

    Neige de Maxence Fermine est un conte de 96 pages paru chez Arléa en 1999, et c’est le premier roman de son auteur. Il se lit en une heure. Il est construit comme un haïku qu’on aurait étiré sur cent pages : des chapitres de quelques lignes, beaucoup de blanc autour, et une seule couleur.

    Le décor tient en deux mots : Hokkaido, 1884. Yuko Akita a dix-sept ans, son père est prêtre, et la coutume familiale lui laisse le choix entre la religion et le sabre. Il choisit la poésie, et une poésie d’un seul sujet, la neige. Ses haïkus sont beaux, mais ils sont blancs : il leur manque la couleur. Pour l’apprendre, on l’envoie à l’autre bout du pays chez Soseki, un vieux maître qui est d’abord un peintre, et que la neige a marqué lui aussi. Une femme disparue dans la neige relie les deux hommes…

    Couverture de « Soie » d’Alessandro Baricco

    Soie, Alessandro Baricco, 1997

    Soie d’Alessandro Baricco compte 142 pages en Folio. Quatre voyages de France au Japon dans les années 1860, et une histoire d’amour où personne ne parle la langue de l’autre.

    Hervé Joncour a 32 ans en 1861. Il vit à Lavilledieu, dans le Vivarais, marié à Hélène, et achète des œufs de vers à soie pour les magnaneries du village. Cette année-là, la pébrine, une maladie du ver, ravage les élevages d’Europe, et Baldabiou, l’homme qui a fait de Lavilledieu une ville de la soie, l’envoie chercher des œufs sains au Japon, pays alors fermé aux étrangers. Baricco vous fait faire le trajet quatre fois, jusqu’au domaine du seigneur Hara Kei et à une jeune femme qui n’a pas de nom.

    Ce que Joncour ramène du Japon, ce ne sont pas seulement des œufs. Cette femme l’a regardé, et il repartira chaque année pour ce regard, pendant qu’Hélène l’attend à Lavilledieu. Baricco raconte ça en chapitres d’une page, parfois de trois lignes, sans jamais commenter ce qu’il montre. Une soirée suffit, et le silence de la fin vous restera un moment.

    Couverture d’« Inconnu à cette adresse » de Kathrine Kressmann Taylor

    Inconnu à cette adresse, Kathrine Kressmann Taylor, 1999

    Inconnu à cette adresse est un roman par lettres de 89 pages. Dix-neuf lettres échangées entre San Francisco et Munich de 1932 à 1934, et rien d’autre.

    Martin Schulse et Max Eisenstein ont quarante ans et une galerie de tableaux à San Francisco. En 1932, Martin rentre vivre à Munich avec sa famille ; Max, juif américain, reste en Californie. Les premières lettres parlent d’affaires et de la maison. Puis Martin écrit qu’il croit Hitler bon pour l’Allemagne, sans en être tout à fait sûr. Max s’inquiète, Martin le rassure, et la lettre suivante arrive un peu plus tard que la précédente.

    Tout le livre tient dans ce qui change de ton d’une lettre à l’autre, et dans ce que chacun ne dit pas. On le lit en une heure, d’une traite, parce qu’on veut savoir jusqu’où ira Martin, et jusqu’où ira Max. La dernière lettre, on vous laisse la découvrir.

    Couverture de « Le Fusil de chasse » de Yasushi Inoue

    Le Fusil de chasse, Yasushi Inoue, 1982

    Le Fusil de chasse de Yasushi Inoue est un roman de 87 pages, écrit en 1949. Un poème, trois lettres, un adultère raconté par les trois femmes qu’il a traversées.

    Tout part d’un poème. Un écrivain publie dans une revue de chasse quelques vers sur un chasseur qui marche seul, fusil à l’épaule. Un lecteur, Josuke Misugi, s’y reconnaît et lui envoie trois lettres qu’il vient de recevoir. La première vient de Shoko, la fille de sa maîtresse, qui a lu le journal de sa mère. La deuxième vient de Midori, son épouse. La troisième vient de Saïko, la maîtresse elle-même. Trois femmes, trois versions de la même histoire, et un homme qui les lit en même temps que vous.

    Couverture de « La Perle » de John Steinbeck

    La Perle, John Steinbeck, 1950

    La Perle de John Steinbeck est une parabole de 144 pages. Un pêcheur de Basse-Californie trouve la plus grosse perle du monde, et tout ce qui lui arrive ensuite est annoncé dès la première page.

    Kino, Juana et leur bébé Coyotito vivent dans une cabane près de La Paz. Un scorpion pique l’enfant, le médecin de la ville refuse de soigner un Indien sans argent. Steinbeck prévient en ouverture : ceci est une histoire qu’on se raconte en ville, avec du bon et du mauvais, du blanc et du noir, et rien entre les deux. Kino entend en lui un chant de la famille quand tout va bien, un chant du mal quand le danger approche…

    Steinbeck a entendu cette histoire à La Paz en 1940, pendant six semaines d’expédition dans le golfe de Californie avec le biologiste Ed Ricketts ; il l’a notée dans Sea of Cortez, leur journal de bord, publiée en magazine en 1945, puis en livre en 1947.

  • 5 livres sur le vin qu’on a dévorés, du road trip à l’encyclopédie

    5 livres sur le vin qu’on a dévorés, du road trip à l’encyclopédie

    Un caviste californien qui rembarre sèchement un vigneron, une Américaine qui dîne au fond d’une cave géorgienne dans le berceau du raisin fermenté, un historien qui suit le pinard jusque dans les tranchées de 1916. Les meilleurs livres sur le vin ne se ressemblent pas, et tant mieux ! Chacun attrape le sujet par un bout que les autres laissent tomber. On en a retenu cinq, tous dégustés jusqu’à la dernière page. Du récit qui se dévore d’une traite à l’encyclopédie qu’on garde ouverte sur la table…

    Couverture de « Mes aventures sur les routes du vin » de Kermit Lynch

    Mes aventures sur les routes du vin, Kermit Lynch (Payot, 2004)

    Kermit Lynch a ouvert une boutique de vin à Berkeley en 1972, puis a passé les décennies suivantes à traverser la France au volant pour acheter ses flacons directement chez les vignerons. Mes aventures sur les routes du vin raconte ces tournées.

    Dans ce livre, ce qui tient le lecteur, ce ne sont pas les vins. Ce sont les scènes. Lynch débarque dans une cave, goûte, n’aime pas, le dit, et la conversation part de travers. Il déteste la filtration systématique et y consacre des pages entières, avec la mauvaise foi joyeuse d’un homme convaincu d’avoir raison. Les photographies de Gail Skoff, sa femme, ponctuent le texte et apportent une touche de nostalgie : on voit les visages, les cours de ferme, les années 1980 sans retouche.

    En lisant ce livre, on comprend mieux un vin quand on sait dans quelle pièce il a été fait, et par qui. Lynch est allé assez loin dans cette logique pour finir propriétaire, en 1998, du domaine Les Pallières à Gigondas, avec les frères Brunier du Vieux Télégraphe.

    Le livre paraît aux États-Unis en 1988, sous le titre Adventures on the Wine Route, et remporte le prix Veuve Clicquot du meilleur livre sur le vin. La traduction française de Trudy Bolter arrive chez Payot en 2004, préfacée par le très grand romancier américain Jim Harrison.

    Couverture de « Skin Contact. Voyage aux origines du vin nu » d’Alice Feiring

    Skin Contact. Voyage aux origines du vin nu, Alice Feiring (Nouriturfu, 2017)

    Alice Feiring est une journaliste américaine, longtemps chroniqueuse vin pour l’hebdomadaire Time, et l’une des voix mondiales les plus identifiées du vin naturel. Skin Contact raconte ses nombreux séjours en Géorgie, où le vin se fait encore dans des qvevri, de grandes jarres en terre cuite enterrées jusqu’au col.

    En Géorgie, berceau de la viticulture, la qvevri n’a rien du folklore pour dépliant touristique. La méthode géorgienne de vinification en kvevri est inscrite depuis 2013 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le raisin y fermente depuis des siècles cinq à six mois, peaux, rafles et pépins compris. C’est ce contact prolongé avec les peaux qui donne son titre au livre, et sa teinte ambrée aux blancs du pays (le fameux vin orange).

    Feiring écrit en reportage, pas en essai. Elle rencontre Lamara, éleveuse de vers à soie, le dernier vigneron de Staline, deux Japonaises venues chasser le vin nature… Chaque chapitre se ferme sur une recette locale, ce qui donne au tout un rythme de carnet de voyage qui nous partage l’envie d’acheter un billet d’avion.

    Couverture d’« Une histoire du vin » de Didier Nourrisson

    Une histoire du vin, Didier Nourrisson (Perrin, 2017)

    Didier Nourrisson est historien, spécialiste de l’alimentation et de la gastronomie. Son Une histoire du vin couvre l’Antiquité jusqu’à nos jours en un seul volume. Sa particularité tient à une décision de méthode : il écrit du point de vue de celui qui boit, pas de celui qui produit. La quasi-totalité des histoires du vin font l’inverse…

    Et ce déplacement change tout ! Le vin cesse d’être un produit agricole pour devenir un marqueur social qu’on suit à la trace : ce qu’on sert, à qui, dans quel verre, et ce que le geste dit du moment. Le chapitre sur le pinard des soldats de la Grande Guerre vaut à lui seul le détour, celui sur l’apparition de la mousse en Champagne aussi.

    Nourrisson aborde également des sujets sociétaux tels que la question de santé publique, et regarde sans détour comment le statut social du vin a changé en France en un siècle. Le ton n’est pas celui d’un universitaire, mais d’un écrivain qui nous captive par ses histoires.

    Couverture de « La Vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux

    La Vie mystérieuse du vin, Bruno Quenioux (Le Cherche Midi, 2019)

    Bruno Quenioux est fils de vigneron et caviste, et son livre ne ressemble à aucun autre de cette sélection. La Vie mystérieuse du vin, paru au Cherche Midi en septembre 2019, cherche ce qui échappe à la fiche de dégustation : l’énergie d’un lieu, l’état d’esprit de celui qui goûte, ce que le vin renvoie de lui. Ce qui est l’essentiel lorsque l’on boit un vin…

    Quenioux convoque la physique contemporaine et les traditions spirituelles dans le même paragraphe. On tient une expérience de lecture qu’aucun manuel d’œnologie ne propose : le vin y redevient une chose qui arrive à quelqu’un, dans un lieu, à un moment. Ce livre pourrait bien transformer totalement votre rapport au vin…

    Couverture de « Mille vignes » de Pascaline Lepeltier

    Mille vignes. Penser le vin de demain, Pascaline Lepeltier (Hachette Vins, 2022)

    Pascaline Lepeltier a décroché en 2018 le titre de Meilleure Ouvrière de France en sommellerie et celui de Meilleure Sommelière de France, la même année. Sommelière au restaurant Chambers à New York, elle a écrit Mille vignes d’abord pour répondre aux questions qu’elle-même n’arrivait pas à trancher.

    Trois parties : la vigne, les paysages, le vin. Lepeltier s’appuie sur la botanique, la géographie, la climatologie et la neurophysiologie, et le résultat n’a rien d’un catalogue de régions. Elle sépare par exemple l’odeur, perçue par le nez, de l’arôme, perçu en rétro-olfaction, distinction que la plupart des ouvrages grand public écrasent en un seul mot.

    Ce n’est pas un livre qu’on lit d’un bout à l’autre. C’est celui qu’on rouvre à la question qui se pose. Il a été traduit en anglais sous le titre One Thousand Vines chez Mitchell Beazley en 2024, trajet rare dans ce sens-là pour un ouvrage français sur le vin.